Je m’endors épuise, je me réveille las,
Mais grâce à dieu monsieur, je ne m’en soucis pas,
Et quand je m’en soucis, je me ridiculise,
La fatigue souvent, n’est qu’une vantardise,
Je ne vous parle pas des tristes lassitudes,
Que l’on a lorsque le corps harassé d’habitudes,
N’a plus pour ce mouvoir que de pâles raisons,
Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon.
Mais se sentir plier sous le poids formidable,
Des vies qui un beau jour on s’est fait responsable,
Savoir que l’on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain,
Savoir être à sa place, savoir qu’on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s’en user le cœur,
Cette fatigue là monsieur, c’est un bonheur.
Et sûr qu’à chaque pas, chaque assaut que l’on livre,
On peut aider un être à vivre ou à survivre,
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquent chaque victoire en creux sur leur figure.
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus,
Parmi tant d’autres creux, il passe inaperçu.
La fatigue, monsieur, est un prix toujours juste,
C’est le prix d’une journée d’effort et de lutte,
D’un exploit,
Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit,
C’est le prix d’un travail, d une journée bien remplie,
C’est la preuve aussi qu’on vit avec la vie.
Lorsque je me sens gonflé de mon humble souffrance,
Ma fatigue alors c’est ma récompense.
Et vous me conseillez d’aller me reposer,
Mais j’acceptais là ce que vous me proposez,
Si je m’abandonnais à votre douce intrigue,
Mais je mourrais monsieur, tristement de fatigue.